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Culture, économie, emploiArticles

L’art, l’artiste et le politique

1 - Richesse du « terreau » :

« Plongez en vous-même » écrivait Rilke. La richesse de mon terreau est en moi-même et dans les gens avec qui je travaille. Je suis une artiste plasticienne et scénographe qui a exploré les domaines de la culture aussi bien dans les milieux officiels (reconnus par le Ministère de la Culture durant une quinzaine d’années, en tant qu’intermittente du spectacle ou en tant qu’artiste inscrite à la Maison des Artistes) que ceux marginaux (sans aucune reconnaissance ni rémunération durant une dizaine d’années). J’ai créé en 2004 l’association Transversales K dont l’objet est « de produire des spectacles vivants, des scénographies, masques, et installations plastiques ; Son but est aussi de favoriser la transversalité des échanges entre les différentes pratiques artistiques et le monde environnant ; créer des liens avec la culture carnavalesque à Paris et en Europe. » http : //transversales-k.org. C’est l’idée d’une organisation qui ne soit pas pyramidale qui opprime et fragmente tellement les individus et les artistes dans la société. Créer des ponts, des liens transversaux. L’association Transversales K crée un réseau d’échange et permet de développer des projets dans les arts et spectacles. N’ayant pas de lieu fixe avec une équipe de bénévoles à géométrie variable. L’association a pu embaucher des artistes et techniciens intermittents sur des prestations ponctuelles. Elle ne perçoit jusqu’à présent aucune subvention. Je suis à l’initiative depuis 1994 avec un petit groupe d’artistes de la renaissance du Carnaval de Paris sur ses bases populaires et traditionnelles Parisiennes, la « promenade du boeuf gras », la « descente de la Courtille », et les bals costumés. Je crée depuis 1998 des costumes, masques, chars, marionnettes géantes, vidéos de Carnaval. Des milliers de parisiens nous prennent régulièrement en photo sans rien nous donner en échange que leur sourire radieux… Je me suis inscrite à l’ADAGP qui reverse « une contribution forfaitaire » à leurs adhérents du fait de la diffusion de leurs oeuvres sur le web, ce qui est une avancée récente mais ne tient pas compte du nombre de diffusion, et reverse aussi des droits d’auteur pour les passages à la télévision. Certaines éditions et revues pourtant renommées demandent des images libres de droit. Ce qui m’a permis uniquement de me faire connaître. L’organisation de ce carnaval a été récupérée en 2010 par une association subventionnée par la Ville de Paris, suite à un envahissement publicitaire, en reniant les créateurs, ceux qui ont apporté les idées et l’énergie inventive de départ. Il est beaucoup plus facile pour une structure qui en a les moyens, d’acheter des prestations clef en main, de faire du copié-collé un peu transformé, de faire venir des groupes folkloriques dansants, percussions, associations subventionnées, que de faire germer des idées et de les aider à se développer. Là encore, il y a eu non respect du « terreau » et cela en a découragé plus d’un (e). La transversalité, dans le Kaos et le Karnaval, est une sorte d’utopie difficile à faire entendre dans une société organisée avec une très lourde administration (surtout dans la culture). Et cette lourdeur administrative (faite aussi pour protéger les artistes) nécessite la création de nouveaux métiers comme celui de « médiateur culturel » mais éloigne encore plus l’artistes des champs décisionnels et rend toute initiative extrêmement compliquée. Et après avoir nourri toutes ces administrations, on vous dit « Il n’y a pas d’argent pour les artistes » et on vous propose du bénévolat. C’est à nous les artistes de revendiquer notre part, afin de pouvoir vivre de nos métiers. Le territoire est aussi le « terreau » des artistes. Il faudrait que les institutions respectent le « maillage existant du terrain ». C’est comme lorsqu’on construit un supermarché à coté d’une épicerie on annonce la mise à mort de l’épicerie.

2 - Lieux, situations et tensions :

A propos de la précarité des lieux intermédiaires, il y a plusieurs types : - Les lieux intermédiaires qui sont des friches ou espaces qui ont été attribuées à un collectif de la part d’un décideur politique suite à occupation de squats (qui peuvent être dans un autre lieu que celui qui a été squatté) sous contrats, bénéficiant de subventions, comme la Belle de Mai justement qui craint de « perdre ses subventions » donc dans un état d’incertitude aussi, comme la Générale rue Parmentier, les boutiques de la rue Dénoyer, ou le Théâtre de Verre. Un des salariés de la Générale m’a dit « Ici ce n’est pas un squat… mais le point commun avec les squats c’est que l’on n’a pas d’argent ». Certains dénigrent les « squatteurs sans étique » ou « les punks à chiens » et ne se rendent pas toujours compte de leur privilège et oublient d’où ils viennent. Dans les lieux ayant signé une « Convention d’occupation précaire » programmations et projets peuvent se faire un an à l’avance avec des aides et salaires. Ces lieux favorisent malgré eux la transformation du quartier en réglant les problèmes d’insécurité et d’incivilités et la « gentrification » des villes. - Les lieux intermédiaires comme Rivoli ou le 100 rue de Charenton qui ont été officialisés, rénové entièrement par la Mairie sur le lieu même de l’ancien squat pour la remise aux normes des locaux (subvention indirecte d’équipement) mais fonctionne sans subvention pour leur fonctionnement, ont un bail de 2 ans renouvelable donc dans une certaine précarité aussi. Une opération montrée par la Mairie comme modèle d’exemplarité pour compenser les 160 expulsions de squats qui ont été ouverts durant la période Delanoë. - Les lieux intermédiaires qui ont été obtenus par l’occupation de squatteurs artistes et habitants qui ont résisté au risque d’expulsion, ou qui ont été expulsés déjà maintes fois, et ont navigué d’un endroit à un autre (quelque fois une dizaine d’endroits). Puis le bâtiment racheté par la Mairie, qui jouent le même rôle que ceux ci dessus avec plus de souplesse et sans aucun apport d’argent public, ni grande reconnaissance et expulsables, comme le Carrosse, espace artistique autogéré depuis 10 ans. Ils jouent aussi un rôle de tampon dans la crise du logement, de la difficulté des artistes à vivre de leur métier ; artistes plasticiens (la spéculation dans le monde de l’art, n’encourage pas l’émergence de nouveaux talents « invisibles » ), artistes intermittents en fin de droits, etc. … Je me suis investie depuis deux ans pour la défense et les négociations pour la pérennisation de ce lieu, en créant le blog http : //lecarrosse. wordpress.com et en multipliant les contacts médias. Il serait souhaitable que les personnes qui ont fait preuve de compétence dans la gestion de squats, ne soient pas remplacées après une officialisation par des personnes nommées par la Ville, qui n’ont pas l’expérience et la richesse de contacts sur le terrain. Et si ce travail sur les « politiques culturelles » débouche sur une conséquence positive, qu’elle nous soit salutaire. Je fais aussi partie des fondateurs du « Festival des Ouvertures Utiles » en 2008 afin de valoriser la création artistique dans les squats et un réseau solidaire avec Delphine, Laurianne, Sara, etc… Corinne Ruffé qui a dirigé un squat à Nantes qui a été officialisé, a dit que l’on délègue souvent à l’artiste pour le rendre « utile » aux yeux de la société, le rôle de travailleur social, et qu’il devrait en être débarrassé. Même s’il ne rendait pas ce service, son utilité devrait aussi être reconnue en tant qu’artiste. A propos des Artistes-Rmistes : Certains artistes ont été reconnus et ont vécu confortablement à un moment de leur carrière et se sont retrouvés éjectés du système par la suite, à cause de la robotisation des techniques, des délocalisations dans les pays où la main d’oeuvre est bon marché, de maladies, ou de la naissance d’un enfant. On envoie quelques-uns de nos experts former des gens dans les pays de l’est ou du sud et ceux-ci se retrouvent au chômage ensuite à cause de cela (pratiques dans les métiers du cinéma, graphisme et décor). Une logique implacable du pouvoir financier et économique qui détruit les personnes, les savoir-faire et les métiers. Il y a aussi des artistes qui ont été Rmistes une bonne partie de leur vie puis émergent sur le tard… (Miss-tic en est un exemple). Être ou ne pas être artiste ? Y a-t-il trop d’artistes ? Ne pas juger les « bons » et les « mauvais ». Que chacun trouve sa place et les moyens de vivre de son art pour ceux qui y engagent leur vie… « Tout est art », « tout le monde est artiste », « l’artiste est celui qui a su garder la fraîcheur qu’il avait lorsqu’il était enfant », « La culture n’a que très peu d’impact sur l’économie », « l’art a justement de la valeur car il n’a pas de prix », « Les goûts et les couleurs, ça ne se discute pas » … Lorsqu’on retire les barrières entre professionnel et amateur, tout se brouille et rend la situation encore plus incertaine et mouvante. Les Intermittents du spectacle : Ariane Mnouchkine, metteur en scène de théâtre, avait dit à Avignon « Il y a trop d’intermittents » ce qui avait provoqué un tollé en pleine période de manifestation pour le maintient des annexes 8 et 10 aux Assedic. Y a-t-il trop d’artistes et techniciens ? « 2/3 des acteurs du monde spectacle ont disparu ces dernières années » a dit récemment Daniel Mesguich au Sénat… Où sont-ils ? On peut en trouver dans les squats, en dépression, décédés ou partis à l’étranger… La précarisation des métiers du spectacle est très organisée, les grosses structures préfèrent embaucher des intermittents à cause de la meilleure productivité de ceux-ci, surtout dans les métiers où la pénibilité et les dangers pour la santé sont connus (nocivité des produits utilisés dans la décoration, problèmes d’entorses et foulures dans la danse…). Et surtout impossibilité de négocier une augmentation de salaire par rapport à l’ancienneté. Et maintenant on embauche même des secrétaires en intermittence pour plus de flexibilité selon les productions. Certains s’y retrouvent, d’autres pas. Il y a déjà un système à plusieurs vitesses.

3- Créativité politique :

État des lieux dans le champ des Arts Plastiques et visuels (le plus fragile et le moins financé des secteurs de la Culture). Rapport en quelques chiffres sur la situation de ce secteur dans le champ de la Culture suite à une réunion à laquelle j’ai assisté, au siège national du PS à Paris. Il y avait une trentaine de personnes dont la moitié étaient des artistes investis dans des structures défendant les Arts plastiques au sein de syndicats, ou alors dont le métier est de faire la promotion des artistes (réseaux de galeries, TRAM, DRAC, FRAC…), de l’enseigner, ou de défendre les droits d’auteur. Le candidat à la présidentielle François Hollande prévoit une recomposition de l’environnement politique de la Culture et de nommer un « Ministère des Arts et de la Culture » (même idée que nous avions évoqué après la réunion avec Altaïr au Sénat). Les arts plastiques représentent 8 % du budget du Ministère de la Culture, soit 1,5 millions d’euros. Le Ministère de la culture devient une sorte de secrétariat d’état dont les budgets vont en se rétrécissant. Les 51 Centres d’arts regroupés au CIPAP utilisent 3 % du budget du Ministère de la Culture dont la moitié est reversée pour les salaires des médiateurs et l’autre moitié pour la production des expositions. - 95 % de la scène Française des artistes plasticiens est issue des écoles d’art (réseau de 41 établissements comprenant 1500 enseignants). Parmi les étudiants ayant finalisé leur cursus : - 85 % trouvent dans un métier de la Culture mais comme artiste directement dans les 2 ans qui suivent : audiovisuel, rédacteur, commissaire d’expo, designer etc… - 15 % en tant qu’artiste indépendant dans le circuit des galeries. Aucun artiste de la scène Française n’était représenté à la FIAC cette année (c’est à dire un ou une artiste résidant et travaillant en France). Il y a beaucoup moins de femmes artistes reconnus que d’hommes. Elles doivent être beaucoup plus compétentes qu’eux pour être remarquées. L’histoire de l’art n’est enseignée qu’à partir du second cycle alors que les autres arts sont enseignés dans le 1er cycle. Il y aurait un déficit dans la formation à écouter et à voir chez les plus jeunes. Les artistes sont de plus en plus sollicités en tant qu’animateur culturel au détriment de son rôle premier de créateur. La situation des droits d’auteurs des artistes est particulièrement menacée aujourd’hui par la diffusion sur internet, non seulement pour les usages privés qui ont essayé d’être contrecarré par la loi anti-Hadopi, qui est finalement sans grande efficacité pour la protection des droits d’auteur, car les images peuvent être utilisées dans le domaine public par l’action de « Fotolia » au profit de l’Ebizness. Lorsqu’un artiste veut faire appel en justice pour usage commercial de sa photo qui a été « récupérée sur le web », selon l’article 700, il doit payer 20 000 euros, ce qui en décourage plus d’un de revendiquer son droit. Tout un pan d’internet échappe à la loi Française. Alors soit on accepte que les usages font la loi, soit on agit pour que les auteurs reçoivent une contrepartie de cette activité sur le web… Les artistes sont ceux qui vivent le plus mal (financièrement) en tant que producteurs (comme les agriculteurs) d’oeuvres en free lance, à la différence de ceux qui la diffusent, les intermédiaires qui sont souvent salariés à l’année. La loi sur le 1 % artistique dans certaines collectivités territoriales à droite comme à gauche n’est pas appliquée. Pourquoi ? Le droit de présentation (qui consiste à verser une rémunération à l’artiste qui expose au même titre que quelqu’un qui présente un spectacle) n’est pas appliqué, non seulement dans le domaine privé (qui ont moins de moyens) que dans le domaine public (collectivités territoriales, élus…) Le rôle du Ministère de la Culture serait de donner une reconnaissance et un soutien aux artistes vivants, de leur donner une vraie place dans la Cité et pas seulement dans les interstices oubliés de l’urbanité ou de la ruralité désertée. Son rôle serait de ne pas les abandonner dans les marges de la société. Qu’on leur donne la possibilité d’exposer dans des lieux tremplins, et que les artistes plasticiens vivants aient leur place dans galeries et musées. Sans qu’ils aient à payer pour exposer, ni être choisi uniquement pour leur valeur spéculative. Avec un encouragement financier pour les personnes qui exposent et organisent des expositions (droit de représentation) comme pour ceux qui produisent un spectacle. Et aux associations culturelles qui oeuvrent sur le terrain. L’organisation de structures de diffusion et de promotion qui soit accessible, plus transparent sans faire obligatoirement appel à cooptation. Que les oeuvres qui sont financée par l’argent public reçoivent l’approbation du public (par une sorte de commission démocratique). La Ville soutient l’art, dans les grandes villes, lorsqu’il a un rôle social, ou de développement local et ne s’occupe rarement du reste. Et pourtant les collectivités territoriales et les Villes ont plus de moyens financiers que le Ministère de la Culture et certains artistes triés sur le volet, travaillent de préférence avec eux. Il y a aussi les artistes qui travaillent uniquement avec le secteur privé (collectionneurs, mécènes…) et n’ont pas du tout besoin du service public. Les situations sont très aléatoires et ponctuelles malgré tout. Le Ministère des Arts et de la Culture pourrait avoir pour rôle de réguler les soubresauts, d’atténuer les chutes, et de nous permettre un développement durable de notre activité artistique, et action culturelle.

 mars 2012

CULTURE, ÉCONOMIE, EMPLOI

Enjeux

La question culturelle est au cœur des enjeux contemporains. Les inégalités culturelles sont à la racine des inégalités sociales. Nous sommes dans une société de la connaissance où la culture produit de l’émancipation sociale et économique. C’est en investissant dans la culture et la création que nous saurons répondre aux grands défis de demain.

Aujourd’hui, la culture est l’un des tous premiers secteurs d’activité des Etats-Unis et du Japon. En France, un rapport de 2013 ( « 1er panorama des industries culturelles et créatives » ) révèle que celles-ci emploient 1,2 million de personnes en France et ont généré, en 2011, un chiffre d’affaires de 74 milliards d’euros.

Le formidable socle de culture et de création existant en France, allié à la puissance de transformation du numérique nous ouvre de nouveaux horizons : à nous d’inventer ce monde à venir.

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