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Religions: faits culturels, sources communesArticles

Compte rendu du débat Juifs, chrétiens, Musulmans sources communes

Débat du 16 juillet 2015 : Juifs Chrétiens musulmans : sources communes

Juifs Chrétiens musulmans : sources communes

Table ronde réunissant Maurice-Ruben Hayoun, Rachid Benzine, Père Christophe Roucou, René Nouhailat, Hedwige Ruillard-Bonraisin, Loïc Tribot-Laspière.

François Adibi introduit le débat en rappelant que la bataille pour le savoir est primordiale dans notre bouleversement de civilisation. C’est la connaissance qui mettra un terme à l’ignorance mutuelle des civilisations qui ne reconnaissent pas ce qu’elles se doivent l’une à l’autre. C’est là que réside le vrai challenge car l’ignorance est ce qui permet d’instrumentaliser la religion à des fins politiques.

Maurice-Ruben Hayoun explique que nous avons une approche des textes religieux pleine d’a priori : nous les lisons avec ce que nous sommes et ce que nous en pensons. Cette approche est à modifier.

Il y a un mélange de conceptions particulières qui génère des antagonismes, alors que dans le fond, Jésus, Mahomet et Moïse ne sont pas différents.

Mais les textes anciens sont difficiles à traduire. Ils sont pourtant érigés en vérité universelle (alors qu’ils sont truffés d’erreur) et ainsi, ils peuvent devenir des dogmes dangereux.
Pour éviter le fanatisme, le théologien doit être éclairé par la philosophie.

Nos sources communes remontent à loin, par exemple le Shabbat Hébraïque est un lointain héritier du Shabatou des Babyloniens.

Rachid Benzine prône de mettre les textes à distance et notamment de les replacer dans leur contexte : entre le texte et moi, il y a une épaisseur de 15 siècles d’Histoire qui sont loin d’être anodins. Il est nécessaire de reconstruire cette histoire pour la comprendre.

Or, il existe un déficit d’Histoire. Et sans Histoire, on s’invente des histoires, on va vers un déficit de lucidité.

Certains jeunes pensent aujourd’hui revenir aux origines du prophète, c’est un leurre car ils s’accrochent en réalité à une image recomposée au 9ème siècle !

Une Religion se met en place, elle se construit, à travers l’Histoire. Elle n’est pas figée. Dans l’Histoire, ce qui est important, c’est la chronologie. On n’a pas le droit de mélanger les temporalités, sinon on est en dehors de l’Histoire mais dans des histoires.

Le Père Christophe Roucou travaille au Service des Relations avec l’Islam chez les évêques de France.

Les risques de communautarisme et de crispation que l’on constate dans la société obligent à faire un travail ensemble de recherche et de découverte des sources communes des trois grandes religions monothéistes.
La question de la vérité nous empoisonne aujourd’hui, alors que raison et foi sont à conjuguer ensemble.

Il est dangereux que des religieux pensent et affirment détenir LA Vérité. Je pense qu’un croyant est en marche vers Dieu, qui est LA Vérité, on ne peut donc la posséder.

L’Histoire met à distance de l’immédiat, dans le rapport au texte, à la tradition et permet de relativiser ce que chacune des traditions a vécu.

Certains musulmans disent en France qu’il leur faut relire les livres d’Histoire, car en fonction de ce qu’ils ont appris jeune, cela modifie leur perception de l’autre a priori.

Pour résoudre cela, il est possible de construire des expériences où des musulmans lisent des textes chrétiens et dans le même temps des chrétiens lisent des textes musulmans, le tout sur un même personnage, Abraham.

La rencontre de l’autre permet la découverte de sa propre identité.

Il prône que la laïcité soit aussi intimement liée à la connaissance des textes et des civilisations anciennes.

François Adibi :

On est face à un basculement du monde. Le chaos au Moyen-Orient a une source : la destruction des Etats-nations qui favorise un système et des politiques vivant sur les conflits, et donc sur l’ignorance.

La sortie de la double ignorance permet de nous amener à apaiser le chaos, grâce à un éclairage nouveau sur ce qui nous rassemble.

Hedwige Rouillard-Bonraisin :

Spécialiste des religions du Proche-Orient sémitique ancien. Spécialiste du Levant : Les religions de Syrie et du Liban, et de la bible hébraïque.

L’archéologie des terrains et des textes est importante. La bible se caractérise par des stratifications d’écritures et d’exégèses, qui constitue une réécriture, plus encore que le Coran.

Laïcité est un maître mot, mais celle de la connaissance et non du creux et du vide, tranchante et clivante. La laïcité est aussi la connaissance des textes des civilisations anciennes.

J’apprécie de travailler sur les passages du polythéisme au monothéisme, pour comprendre comment on passe des forces de la nature divinisée au monothéisme biblique ?

Pour François Adibi, il y a aussi une difficulté de compréhension du spirituel dans la République ?

René Nouhailat :

Précurseur de l’enseignement du fait religieux à l’école laïque.
On constate de grosses difficultés et un échec de la mise en place des conclusions du rapport de Régis Debray sur le sujet, ce qui est assez consternant.

Il y a d’énormes problèmes d’inculture. L’ignorance du fait religieux est généralisée. L’analphabétisation des enseignants en matière religieuse est terrible et occultée.

Comment enseigner les sciences alors que les scientifiques abordent les questions métaphysiques et que cet aspect est étouffé par les enseignants ? On y privilégie les questions du comment plutôt que du « pourquoi ».

Et pourtant, mettre à la porte les questions religieuses de l’éducation nationale, c’est les laisser à d’autres.

Il faut disciplinariser la laïcité et les faits religieux. Former les enseignants est primordial, pas pour qu’il soit des théologiens, mais pour qu’il puisse avoir une approche éclairée.

Dans les écoles, il faut déconstruire les « croyances » pour y mettre des savoirs : symboliques, historiques, archéologiques, pour construire l’intelligence critique et empathique. Et en évitant au maximum les approches communautaristes. Ce serait mortifère ! C’est l’apprentissage de l’ensemble et avec tous pour comprendre le point de vue des autres qui doit être privilégié.

Selon Maurice-Ruben Hayoun, il est important de comprendre que la Parole de Dieu s’exprime différemment à travers les trois religions monothéistes :

- La Loi chez les juifs

- Une Personne chez les chrétiens

- Livre chez les musulmans

Il est donc impropre de dire « les religions du livre ».

Un bâtiment religieux appartient à tout le monde du point de vue culturel, pas du point de vue cultuel certes, mais les religions sont des endroits ouverts, et donc où tout est ouvert à tout le monde.

Loïc Tribot—Laspière  :

Le CEPS représente 50 nations.

Quand il n’y a pas de structure ou de cadre, il y a de la haine.

La différence me complète, mais elle ne complète plus aujourd’hui, elle oppose.

Une religion n’est pas quelque chose de parfait, toute religion a connu des ratés.

Elles sont parfois tributaires d’un carcan social.

Il y a des choses communes entre les 3 religions :

Des textes communs, étudiés et travaillés

Un espace géographique assez proche (le Moyen Orient)

Une cosmogonie proche : la croyance en un dieu unique, une foi dans l’homme, et un signe de reconnaissance mutuelle.

Et aussi des éléments universels aux hommes, quels que soient les continents :

  • besoin de l’existence d’une force qui englobe
  • besoin que tout homme a eu besoin d’une clé de voûte et d’inscrire sa vie dans un parcours de sens, l’instinct de transcendance
  • Gilgamesh, l’un des premiers grands écrits sur le besoin de transcendance.
  • Le besoin de la croyance en un créateur (évolution dans le syndrome de connaissance)
  • Dieu est l’étincelle, le père, l’architecte, l’imprononçable, il est tout et dans la connaissance.
  • La foi est une démarche qui n’est pas exempte de doutes.
  • L’humilité et la ferveur se trouvent dans les questions plus que dans les réponses.
  • La foi n’est pas un automatisme : c’est une adhésion en lucidité, en liberté, et finalement en amour. Lequel ne se conditionne pas et ne s’impose pas.
  • L’homme est au cœur de toute chose. Il y a du sacré dans l’Homme car Dieu a transmis une partie de lui-même à sa création
  • Dieu est la somme de tout l’amour du monde. C’est à dire la diversité des courants religieux traduit la singularité des cultures et incarne au plus hhaut point le plan de Dieu car :
  • exprimer librement sa foi
  • amène à respecter et aimer l’autre dans sa différence même dans l’expression de sa foi.

Maurice-Ruben Hayoun :

Quel est l’apport spécifique de chacun des 3 monothéisme à l’histoire de l’humanité ?

Le shabbat signifie la fin de la création.

Or le monde n’a pas été créé que pour les juifs, ça se saurait. L’humanité entière bénéficie du monde.

La création n’est pas juive !

Ce qui compte : la sacralisation de la vie et la restauration de la dignité humaine.

Rachid :

On pense toujours que le religieux, c’est quelque chose de bon : mais c’est faux, ça n’a pas toujours été bon.

il faut rattacher la religion avec une terre, un groupe, une époque sinon c’est de l’idéologie. Aujourd’hui, avec le monstre de DAESH qui est une création contemporaine bien qu’il se réclame du passé. Avec ses dislocations et ses ruptures dans le monde arabe, ce n’est pas le même monde qu’au 9ème siècle.

L’histoire de l’athéisme est aussi un élément très important pour notre société.

Loïc :

Le danger, c’est le rite, lorsque la forme doit privilégier le fond : il n’y a plus d’amour.

Hedwige Rouillard – Bonraisin :

« citation de Levi-strauss » (2005) : « tant qu’une espèce de l’univers est en danger, alors c’est tout le système de la Création qui serait en perdition. »

Il y a une conscience de l’étranger qui est à la foi sacré et honni.

Ougarit était une société multiculturelle, 5 systèmes d’écritures et 8 langues. Ils ont construit un alphabet de 32 consonnes, une littérature dont on trouve beaucoup de résurgences sont dans la Bible.

Par exemple, tous les ans, toutes les populations sont invitées, des sacrifices sont faits ensemble pour « laver les péchés », des textes datant du 14ème Siècle avant JC.

Questions de la salle

Quelle est l’origine du fait que les 3 religions monothéistes ont fait disparaître les femmes de leurs organes ?

Il est vrai qu’en Syrie, les polythéismes avaient des femmes très actives dans les religions. Le grand Dieu créateur avait toujours des prêtresses, des compagnes, des déesses étranges et violentes.
Les premiers exégètes ont plaqué leur vision judéo-chrétienne des années 30 sur les déesses, voilà.

1er millénaire : Ashera, dans la Bible. Lié à la représentation de Dieu

En 622, le féminin est chassé, mais revient avec Yahvé et des prophètes comme Osée, prennent d’ailleurs des allures de mères qui portent Moïse dans leurs bras, mais le féminin est balayé du monothéisme.

Le Dieu Coranique qui n’a pas de nom est en combat avec 3 divinités féminines (ajout de Rachid Benzine).

Les enseignants qui ne s’emparent pas de la question du religieux :

facteur aggravant de la laïcité : on voit apparaître un laïcisme un peu sectaire au nom d’une laïcité qui dit ne pas avoir à s’occuper de ces choses là.

En France, on est plus entravé par la sécularisation.

RELIGIONS: FAITS CULTURELS, SOURCES COMMUNES

Enjeux

Les religions sont avant tout des faits culturels qui relient les hommes entre eux. Nous avons trop longtemps occulté l’éclairage historique et anthropologique qui devrait accompagner le récit de la naissance et du développement des monothéismes. Sans cet éclairage, nous sommes dans l’incapacité d’avoir une compréhension profonde des mouvements spirituels qui ont structuré l’humanité depuis sa naissance.

En ce début de 21ème siècle, il est temps de se pencher, de manière historique et scientifique, sur toutes les sources communes qui relient les grands monothéismes et les rapprochent.

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