Altaïr au festival d'AvignonArticles

ALTAÏR / FESTIVAL OFF AVIGNON 2018 : VIDÉOS, PODCASTS, RÉSUMÉS

La 8ème édition de l’Université Ouverte d’Altaïr think tank s’est tenue les 16 et 17 juillet 2018 sur la scène du Village du Off d’Avignon, avec deux débats sur les thèmes « Le financement participatif : des perspectives nouvelles pour la culture et la création » et « Le fait religieux au XXIe siècle : postures et impostures. Pour une approche historique et culturelle des religions ».

Découvrez ou redécouvrez les actions d’Altaïr durant ces deux journées :

Lundi 16 juillet 2018 :

Le financement participatif : des perspectives nouvelles pour la culture et la création 


Article paru dans Le Dauphiné Libéré

Retrouvez le podcast de cette rencontre et les interviews des participants sur le site de FestiTV : Guillaume Simonaire (Chargé des investissements, ICC, BpiFrance), Florence Martin (Manager de projets, French Tech Culture), Jean Hennequin (Directeur administratif et financier de Tipeee), Fanny Havas (Responsable du développement en PACA, KissKissBankBank), François Besson (Directeur de l’action culturelle de la Sacem), Grégoire Harel (Fondateur et directeur de Proarti)

Mardi 17 juillet 2018 :

Le fait religieux au XXIe siècle : postures et impostures. Pour une approche historique et culturelle des religions.

Retrouvez le podcast de ce second débat, ainsi que le teaser et les interviews des participants par Profession Spectacle : François Adibi (Président d’Altaïr think tank), Ghaleb Bencheikh (Philosophe, producteur de l’émission « Questions d’islam » sur France Culture), Paul Clavier (Philosophe, Université de Lorraine), Maurice-Ruben Hayoun (Philosophe, spécialiste de la période judéo-musulmane médiévale), Hélène Pichon (Centre d’Etude et de Prospective Stratégique)

Compte rendu :

La table ronde, organisée en partenariat avec Le Monde des Religions, avait deux objectifs : le premier est de sortir d’une approche sacrée ou théologique du fait religieux, approche qui s’est révélée largement inopérante. L’élaboration théologique et spirituelle du fait religieux passionne certes les croyants, mais ne permet pas l’indispensable mise au point d’une charte de coexistence pacifique des confessions religieuses entre elles, et des familles d’esprit athées ou agnostiques.

La religion est d’abord un fait culturel et historique ; cette approche objectiviste permet de mettre en avant tout ce qui nous rassemble. Au lieu de partir des réponses confessionnelles qui le plus souvent divisent, il nous faut partir des questions que nous pouvons partager. L’histoire nous montre qu’on trouve dans les différentes religions, et jusque dans l’humanisme athée, la conscience de la nécessité de relier les hommes autour de principes transcendants, et non de les diviser.

Le deuxième objectif est de proposer aux citoyens les outils et la méthode pour se faire par eux-mêmes leur propre opinion, afin de distinguer ce qui relève d’une authentique vocation spirituelle de ce qui est de l’ordre de l’instrumentalisation du religieux et de l’imposture. Seuls les faits historiques et culturels peuvent nous aider à opérer cette distinction décisive. Au regard de l’histoire, le radicalisme, quelle que soit sa couleur, est une imposture intellectuelle qui s’oppose aux fondements même de la vocation spirituelle de l’être humain.

Le fait religieux : éternel retour ou animal en voie d’extinction ?

Deux descriptions du fait religieux dans sa globalité sont possibles. La description cyclique et la description progressiste. Dans le scénario cyclique, l’importance à la fois institutionnelle et psychologique du fait religieux oscille avec les soubresauts de l’histoire (alternance entre époques de ferveur et de scepticisme), mais le fait religieux est une constante anthropologique inaliénable, émergeant depuis les traces d’humanisation (sépultures, cultes cosmiques) et se répercutant dans la recherche d’un « supplément d’âme » (Bergson).

Dans le scénario progressiste au contraire, l’humanité parcourt les étapes irréversibles d’une libération de l’état théologique (fétichisme, polythéisme puis monothéisme), pour parvenir, après l’âge métaphysique des Lumières, à l’âge scientifique d’où sera bannie toute explication ultime de la destinée humaine par le divin. Tous les conflits, dit-on, sont religieux. Supprimons les religions, on supprimera du même coup les conflits. L’histoire des totalitarismes athées, européens ou asiatiques, a fait justice de ce rêve d’épuration religieuse.

Le scénario positiviste de l’élimination inéluctable du fait religieux est évidemment mis en échec par les faits. Pour autant, il ne faudrait pas en conclure que les êtres humains sont condamnés à un retour périodique d’une part obscure de superstition ou de fanatisme, d’une soif spirituelle excusant discrimination, inégalité, oppression. Les retours de flamme du religieux ne sont pas fatalement des retours explosifs. C’est pourquoi le XXIème siècle a grand besoin de critères permettant de repérer ce qui est acceptable ou irrecevable au titre de convictions religieuses.

Critères d’acceptabilité du fait religieux

Au fil d’une discussion sereine mais robuste, Hélène Pichon, Maurice-Ruben Hayoun, Ghaleb Bencheikh, François Adibi et Paul Clavier se sont efforcés de proposer un faisceau de critères permettant de distinguer l’imposture religieuse de la posture acceptable.

Cinq critères ont été évoqués :

- Le renoncement à toute prétention d’exclusivité

- L’égalité homme-femme

- Le droit à l’exégèse critique des textes

- La revendication de la liberté de conscience (et du coup la décriminalisation totale de l’apostasie)

- La désacralisation de la violence

S’il ne s’agit pas de revendications d’un manifeste philosophique, somme toute arbitraire, on doit être en mesure de justifier rationnellement ces critères. En refusant l’exclusivisme religieux, l’inégalité homme-femme, l’impénétrabilité des textes sacrés, la soumission des consciences, l’oppression ou la violence au nom du divin, on exerce une responsabilité rationnelle, on exerce la légitime nécessaire vigilance de l’être humain, averti par son histoire que, même s’il doit l’existence à un être transcendant, bon et puissant, il doit se montrer circonspect lorsqu’il entreprend d’interpréter la volonté divine à l’égard de l’organisation de la cité des hommes.

Justification rationnelle des critères

Premier critère : le renoncement à toute prétention exclusivité. Voltaire ironise sur la prétention d’un religieux qui prêcherait l’exclusivisme de sa conviction confessionnelle : « Écoutez-moi, car le Dieu de tous ces mondes m’a éclairé : il y a neuf cents millions de petites fourmis comme nous sur la terre, mais il n’y a que ma fourmilière qui soit chère à Dieu ; toutes les autres lui sont en horreur de toute éternité ; elle sera seule heureuse, et toutes les autres seront éternellement infortunées. » Il y a sept milliards de petites fourmis comme nous sur la terre, mais il n’y a que ma fourmilière qui soit chère à Dieu…

Qu’il y ait une histoire et une transmission pédagogique de la révélation, voilà qui est fort possible. Mais que Dieu enferme définitivement la quasi-totalité des humains dans une ignorance invincible, en privilégiant définitivement quelques happy few, voilà qui est douteux. Il ne s’agit pas de relativiser les convictions religieuses, de les réduire à des contes pour enfants ; il est légitime d’ailleurs que le croyant d’une confession croie vraies un certain nombre de propositions, de promesses de vie et de perspectives spirituelles. Autrement on tombe dans le fictionnalisme gentiment moqué par Woody Allen : « Dieu n’existe pas mais nous sommes son peuple élu ». Mais l’obligation de cohabitation pacifique est une condition de recevabilité de toute prétention religieuse à éclairer le chemin de l’humanité. Autrement, on n’éclaire pas, on aveugle.

Second critère : Dieu peut-il exiger l’oppression, la subordination et l’infériorisation de la moitié du genre humain : les femmes ? C’est douteux. Il est absurde de croire en un Dieu qui s’accommode de l’oppression de ses créatures, voire l’ordonne. Qu’au moins la question de l’accès des femmes aux responsabilités sacerdotales puisse être posée sans biais machiste. A priori, l’homme n’est pas « mieux placé » que la femme pour répondre d’une foi.

Troisième critère : Dieu, s’il existe, peut-il exiger le sacrifice de la responsabilité et de la raison qu’il a, par hypothèse, données aux êtres humains ? L’interprétation des écritures dites « révélées » peut-elle être soustraite à une discussion rationnelle ? A cette hypothèse dévastatrice, il me semble que nous avons le devoir de répondre : « non ! ». Diderot le formulait très plaisamment : « Lorsque Dieu de qui nous tenons la raison en exige le sacrifice, c’est un faiseur de tours de gibecière qui escamote ce qu’il a donné ». Ghaleb Bencheikh et Maurice Ruben Hayoun rappellent le principe mis en avant par Averroès (Ibn Rushd) dans le Traité décisif, pour qui la raison humaine, aussi limitée soit-elle, demeure la norme indispensable de la réception de la révélation : « … partout où il y a contradiction entre un résultat de la démonstration et le sens obvie d’un énoncé du texte révélé, cet énoncé est susceptible d’être interprété… ». Ghaleb Bencheikh a esquissé une explication historique de la régression d’une grande partie de l’Islam par rapport à cette norme rationnelle de la révélation (qui ne supprime pas la transcendance, mais définit les conditions de son accueil).

Quatrième critère : Dieu s’il existe, peut-il exiger obéissance ou respect d’un être humain qui, en conscience, sans qu’il y aille de sa faute, ne reconnaît pas son existence, ou n’accepte pas son message ? Le respect d’un esclave ou d’une conscience forcée ne vaut rien. Quel hommage Dieu pourrait espérer de celle ou de celui qui ne le connaît pas ? Dieu chercherait-il des Tartuffes ?

Cinquième critère : Au soi-disant Dieu qui dirait : « Tue ! »  ; chaque être humain doit répondre : « Non ! ». Au prétendu créateur qui dirait : « Détruis, opprime le mécréant, soumets la femme, ne cherche pas à comprendre, obéis sans réfléchir ! »  ; chacun a le devoir de rétorquer : « Tu n’es pas celui qui nous a créés libres et égaux en droits, tu n’es donc pas digne d’obéissance et de respect. Tu n’es pas le bon Dieu ». Au supposé Père éternel qui dirait : « Supprime tes frères, méprise tes soeurs ! »  ; il faut objecter : « Alors pourquoi me les as-tu donnés ? Tu n’as qu’à faire le sale boulot toi-même ! ». Sur ce chapitre, chaque tradition religieuse a de quoi pratiquer, à divers degrés, un examen de conscience…

L’âge de raison des religions

Il est temps d’entrer dans l’âge de raison des religions. Chaque être humain, en tant qu’être humain, est censé, pour exercer sa responsabilité de colocataire de la planète, vérifier la crédibilité des croyances qu’il laisse entrer dans sa tête. C’est du côté d’une éducation à la discussion rationnelle que se trouve la solution par le haut, et non du côté de l’enfermement des croyances religieuses dans une gangue mystique incontrôlable. Dans le Traité de la tolérance de Voltaire, on lit, à côté de quelques pointes anticléricales (assez méritées du reste), un motif rationnel de tolérance, qui est la commune dépendance de tous les êtres humains envers un créateur : « Oui, sans doute ; ne sommes-nous pas tous enfants du même père, et créatures du même Dieu ? » C’est la religion naturelle (et non la religion révélée propre à telle ou telle confession) qui peut servir de socle et de garantie à la coexistence pacifique des religions et des autres familles d’esprit.

Faute d’éclairage et d’éclaircissement, les options religieuses risquent de servir de carburant pour des entreprises de dominations sexiste, économique, géopolitique dont l’actualité déroule sous nos regards le tapis ensanglanté.

ALTAÏR AU FESTIVAL D'AVIGNON

Enjeux

Altaïr think tank, premier laboratoire d’idées et d’actions dédié à la culture et aux médias, pensé pour partie par des femmes et des hommes issus du spectacle vivant, a dès sa création trouvé sa place naturelle au festival d’Avignon. La volonté conjointe d’Altaïr think tank et du Festival OFF d’ouvrir un lieu de débats et de production d’idées en prise avec la réalité du terrain, au cœur même du bouillon de culture du festival d’Avignon, s’affirme d’année en année comme un rendez-vous incontournable du festival.

Actions

Altaïr au Festival Off d’Avignon 2017

L’université ouverte d’Altaïr thinktank 2017 s’est tenue les 17 et 18 juillet au village du Festival Off d’Avignon avec deux débats sur les thèmes  « L’émergence du privé dans la culture, risques et opportunités pour les métiers de la création »  et…

L’Œil d’altaïr, revue de presse sur la toile et ailleurs

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Podcasts

Le fait religieux au XXIe siècle : pour une approche historique et culturelle des religions

Débat du 17 juillet 2018 au Village du Off d’Avignon

Avec François Adibi (Président Altaïr think tank), Paul Clavier (Philosophe, Université de Lorraine), Ghaleb Bencheikh (Philosophe, producteur de l’émission « Questions d’Islam » sur France Culture), Maurice-Ruben Hayoun (Philosophe,

Test

spécialiste de la période judéo-musulmane médiévale), Hélène Pichon (Centre d’Etude et de Prospective stratégique).

27 juillet 2018

Le financement participatif : des perspectives nouvelles pour la culture et la création

Débat du 16 juillet 2018 au Village du Off d’Avignon.

Avec Fanny Havas (Responsable du développement en PACA KissKissBankBank), Grégoire Harel (Fondateur et directeur de Proarti), Jean Hennequin (Directeur administratif et financier, Tipeee), François Besson (Directeur de l’action cuturelle de la Sacem), Guillaume Simonaire (Chargé des investissements ICC, BpiFrance), Roch Giraud (Directeur opérationnel, The Bridge), Florence Martin (Manager de projets, French Tech Culture).

27 juillet 2018

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ALTAÏR / FESTIVAL OFF AVIGNON 2018 : VIDÉOS, PODCASTS, RÉSUMÉS

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